La CGT-FO se réclame de la Charte d’Amiens, texte fondateur affirmant l’indépendance totale du syndicalisme vis-à-vis de l’État, du patronat et des partis politiques. Adoptée lors du IXe congrès de la CGT, cette charte constitue une référence majeure du syndicalisme français, issue de débats entre partisans d’un syndicalisme révolutionnaire et ceux voulant le lier à des objectifs politiques.
Elle affirme la lutte de classe et fixe comme objectif la disparition du salariat et du patronat, notamment par des moyens comme la grève générale. Tout en garantissant la liberté d’opinion individuelle des syndiqués, elle interdit l’introduction des débats politiques au sein du syndicat afin de préserver son unité.
Ce choix d’indépendance se renforce par opposition à d’autres pays comme l’Angleterre ou l’Allemagne, où les syndicats sont liés aux partis politiques, ce qui affaiblit leur action. Lors du congrès d’Amiens, une proposition de collaboration avec la SFIO est largement rejetée, tandis que la motion défendant l’indépendance est massivement adoptée.
Enfin, selon Victor Griffuelhes, le syndicalisme vise à unir les travailleurs au-delà de leurs divisions politiques pour mener un combat commun de classe sur le terrain économique.
Charte d’AmiensFondement du syndicalisme libre et indépendant
IXe Congrès de la CGT, Amiens (8-13 octobre 1906) |
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Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT.
La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat…
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l’oeuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc.
Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’oeuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait de tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat ; Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.
En ce qui concerne les organisations, le Congrès décide qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté, la transformation sociale.
Congrès des 8-13 octobre 1906
(texte adopté par 830 voix, contre 8 et 1 blanc) |
